Notre histoire

L’Université de l’Avenir a suivi un chemin où trois grandes périodes sont à distinguer :

  • 2002 – 2008 : un réseau d’entrepreneurs forme un laboratoire d’idées en vallée de la Drôme
  • 2008 – 2013 : une association et des groupes de travail poursuivent les réflexions dans 9 domaines
  • 2014 – présent : mise en place d’activités concrètes dans le domaine agricole, poursuite de certains projets, nouvelle structuration

2002 – 2008 : un réseau d’entrepreneurs forme un laboratoire d’idées en vallée de la Drôme

Une vingtaine d’entrepreneurs et quelques universitaires se retrouvent autour de la question : « Quelle vallée de la Drôme souhaitons-nous dans 20 à 30 ans ? ». Une quinzaine se pique au jeu et y réfléchit régulièrement jusqu’en 2008.

Nous décidons de ne pas nous fixer de limite dans nos réflexions et de partir d’une analyse large de la réalité. Les constats et les ambitions ci-dessous nous rassemblent.

Les constats

Le développement des sciences et techniques et la croissance économique ont apporté à l’humanité, d’un point de vue global, une progression immense de ses conditions d’existence par rapport à un passé encore récent.

Mais depuis la Révolution industrielle, nous assistons à la spécialisation et un partage des tâches et des savoirs d’abord dans un souci d’efficacité et de rentabilité économique. Puis cette tendance s’est peu à peu généralisée dans tous les domaines de la vie : économie, enseignement, vie sociale, organisation administrative et jusque dans notre manière de penser et de voir la vie.

Cette évolution s’oppose à l’acquisition d’une vision globale, permettant la compréhension et le sens de notre travail, de nos actes, elle entraîne aussi une perte du sentiment de responsabilité.

Par voie de conséquence, cette évolution favorise un accroissement de la compétition entre tous les individus qui deviennent des concurrents, et stimule une méfiance envers les autres en général.

Parallèlement, nous observons que dans l’école obligatoire et dans les autres enseignements, il y a eu séparation de la théorie et de la pratique, ce qui a éloigné l’expérience de la vraie vie et entrainé une surévaluation de l’intellect et une dévalorisation du manuel ainsi qu’une perte de motivation de la part des élèves.

Progressivement, ces évolutions mettent l’humain et de la nature au service de l’économie, avec comme promesse la démocratisation de la consommation des biens industriels.

Enfin, si nous ajoutons la financiarisation excessive de l’économie et le renforcement des spéculations, nous arrivons assez logiquement aux différentes crises que nous connaissons : économique et financière, environnementale et climatique, politique et démocratique, sans oublier les problèmes de la répartition des richesses et de la faim dans le monde.

Le projet

C’est sur ces constats et analyses que nous voulons construire le projet de l’UA, dans le but de participer, avec d’autres, à inventer des alternatives à ces impasses. Concrètement :

Construire un lieu pour « chercheurs en vie meilleure », à partir d’un domaine agricole qui permet de donner des racines à nos actions.

Rassembler en ce lieu des domaines d’activités essentiels, qui sont d’habitude séparés et se parlent ou se croisent peu.

Engager progressivement des projets visant à promouvoir :

  • L’agroécologie bio, car nous avons besoin de nous nourrir avec de bons produits ;
  • Une école de vie, car beaucoup d’enfants et d’adolescents décrochent de l’enseignement académique, alors qu’ils sont intéressés et motivés par la vie concrète d’aujourd’hui ;
  • La santé, par une approche globale, car la santé est devenue aujourd’hui un marché lucratif pour les médicaments, examens, etc. au détriment d’un apprentissage à la prévention pour rester en forme et vivre épanouis ;
  • L’inclusion sociale des personnes âgées, car les maisons de retraites et les EHPAD concentrent les vieux entre eux et ce n’est pas satisfaisant ;
  • Un habitat éco-convivial, respectant à la fois les besoins légitimes d’espaces individuels et privés et d’espaces collectifs choisis, défini dans une charte co-rédigée par les habitants et respectueuse de l’environnement ;
  • Les énergies renouvelables, avec des recherches aboutissant à des réalisations ;
  • La recherche, l’information et la formation dans tous les domaines, notamment par la « Bibliothèque de l’Ecologie » regroupant 50 000 ouvrages sur l’écologie et les sciences sociales et de la nature, avec l’objectif d’une mise à disposition numérique ;
  • L’aide au développement d’éco-entreprises sociales et solidaires.

La philosophie de l’UA

Rassembler l’éthique et les valeurs dans une charte, afin d’appliquer dans tous les domaines et de manière permanente les démarches suivantes :

  • Marier théorie et pratique, car il n’y a pas de théorie sans expérimentation pratique, ni de pratiques raisonnées sans réflexions théoriques ;
  • Appliquer systématiquement les 4 étapes de l’évolution – innovation à savoir : Recherche – Expérimentation – Réalisation / production – Transmission / pédagogie ;
  • Mettre en place une gouvernance démocratique favorisant la coopération et le consensus.

Une fois que les membres du groupe ont tous fait connaissance cette première étape devint passionnante, car le cadre de réflexion était très large et nous n’avions pas de contraintes extérieures. Toutes les recherches-explorations et toutes les questions même incongrues étaient possibles.

Pendant cette période, nous tenions de temps en temps des réunions « philosophiques » pour échanger et nous mettre d’accord sur les questions de sens, d’éthique qui surgissaient (par exemple comment intégrer les relations entre macro et micro-économie), il s’agissait à partir de nos visions individuelles d’en développer qui soient communes.

Nous abordions un espace où les choses d’habitude séparées, étaient reliées : le domaine professionnel différent pour chacun-e, le domaine familial et social, nos convictions, valeurs et croyances profondes, en évitant sagement les partis pris politiques…

D’autre part en tant qu’entrepreneurs, nous avions tous l’ambition de concevoir un projet commun réaliste et utopique, qui soit le plus pertinent pour la vallée de la Drôme.

Trois ans plus tard, alors que je croisai un compagnon du groupe, il me proposa de boire un café dans son bureau. Et il me dit : « Je n’ai compris que récemment ce qui me passionne dans notre groupe. Tu vois j’ai deux jambes, une dans ma vie professionnelle, qui n’est pas toujours facile, mais qui fait vivre bon nombre de familles. L’autre dans l’imaginaire créatif, le besoin de chercher autre chose. L’équilibre me vient des deux. ».

L’enthousiasme vécu dans le groupe et notre engagement commun dans une réflexion profonde étaient une brise d’oxygène dans nos contraintes de responsables d’entreprises. C’est pour toutes ces raisons et aussi parce que l’évolution individuelle est lente, que cette première étape s’est étendue sur plusieurs années pour aboutir au premier concept – projet.

Rodolphe Balz

Membre fondateur de l'UA

2008 – 2013 : une association et des groupes de travail poursuivent les réflexions dans 9 domaines

Une association est créée et ouverte à de nouvelles personnes. Un premier document de cadrage global du projet est écrit. 9 groupes de travail thématiques se mettent en place, rassemblant une centaine de bénévoles qui vont tester, approfondir, revoir ou abandonner selon les cas les pistes et projets ébauchés précédemment.

Après plusieurs tentatives d’acquisition d’un lieu, achat fin 2013 d’un domaine de 120ha, la Ferme des Buis, à la Roche sur Grâne, en Biovallée, à côté du centre agroécologique des Amanins, et avec l’aide des fondateurs des Amanins.

Cette deuxième étape démarra donc avec l’ouverture du groupe à de nouvelles personnes, qui apportèrent d’autres énergies et compétences. Certains du groupe initial supportèrent difficilement de reposer les mêmes questions de fond et le temps que cela prenait avec de nouvelles personnes et prirent du recul. D’autres étaient stimulés par ce foisonnement de points de vue et d’idées concrètes.

Le dialogue avec des personnes aux parcours et expériences diverses a donné un nouvel élan et a permis d’affiner ou de faire évoluer les projets. Mais bien entendu, plus on avance dans la concrétisation, plus les difficultés augmentent. Comme dans n’importe quel projet, la « bonne recette » est à trouver, recette sur mesure par rapport aux caractéristiques propres au projet : quels objectifs, quels moyens à mettre en œuvre, à quel tempo..?

Quelles modalités de prise de décision pour un groupe œuvrant au sein d’une structure associative, dans un cadre assez peu formel ? En comparaison, le contexte de nos entreprises nous semblait presque plus simple !

Ajoutez à cela la volonté de « changer le monde » : quel positionnement entre « idéalisme » et pragmatisme ? Entre d’un côté innover et affronter des résistances, des contraintes, aussi bien externes qu’internes, ou de l’autre, transiger avec les pratiques dominantes au risque de dénaturer voire renoncer en partie à notre ambition ? Enfin, quel niveau de difficulté, de risque et d’investissement personnel chacun peut et souhaite assumer ? sur quelle durée ?

A ce titre, la période précédente de « laboratoire d’idées » s’est avérée être à la fois une richesse en termes de créativité et dynamique collective, mais aussi une difficulté pour adopter progressivement une posture plus « pieds sur terre ».

Par exemple dans le projet « seniors » où nous avions imaginé (après visite de plusieurs EHPAD), une super bâtisse polyvalente pour personnes âgées : cette idée a été pulvérisée par la réflexion du Groupe seniors, dont les membres souhaitaient être mélangés à tout le monde – surtout ne pas être regroupés entre vieux – et être accompagnés individuellement selon les besoins. Cette vision plus juste et innovante a été adoptée. Était alors envisagée la réalisation d’un « éco-hameau » intergénérationnel… qui a buté sur la difficulté à trouver un lieu d’accueil et les moyens de sa réalisation.

Cette période a été très riche en réflexions plus concrètes et production de dossiers. Beaucoup d’enthousiasme, d’énergies mobilisées, des déceptions et des départs, aussi. Des groupes se sont dissous ou mis en veille, d’autres ont poursuivi leurs travaux à l’étape suivante.

Je souhaite rendre hommage à toutes ces contributions dont certaines ont été intenses sur plusieurs années.

Rodolphe Balz

2014 – 2017 : mise en place d’activités concrètes dans le domaine agricole, poursuite de certains projets, nouvelle structuration

Face aux difficultés à développer un grand nombre de projets dans des domaines variés, le choix est fait de donner la priorité, au moins temporairement, aux projets agricoles tout en poursuivant les travaux des groupes les plus actifs.

Ainsi le domaine des Buis fait l’objet d’une conversion au bio avec des cultures de base : luzerne et céréales.

Un appel à candidature est lancé à l’attention d’agriculteurs bio qui seraient intéressés à s’installer au domaine des Buis dans le cadre proposé par l’UA. Après une sélection de 4 candidats, un travail en commun est engagé pour préparer leur arrivée : engagements réciproques et rédaction de contrats, organisation du pôle agro et de sa gouvernance, dossiers d’autorisations diverses, permis de construire des bâtiments d’élevage, répartition des surfaces, etc.

L’UA obtient un permis de rénovation partielle de la vieille bâtisse des Buis inhabitable en l’état, les travaux permettront notamment l’installation des agriculteurs dans trois appartements.

Le Groupe Bien-être & prévention-santé travaille en sous-groupe sur plusieurs projets et activités : conférences – formation sur l’alimentation, séminaires pratiques en naturopathie et aromathérapie, collaboration entre thérapeutes, travail sur l’évaluation de compléments alimentaires.

Les Groupes Éducation (classes de collège) et Bibliothèque de l’écologie poursuivent leurs travaux, des dossiers de cadrage (notamment projet pédagogique du collège) sont réalisés, ainsi que fiches mission pour la recherche de chefs de projet.

Le Groupe Énergie durable travaille sur un projet d’éolienne à axe vertical, sa réalisation concrète va demander un investissement de démarrage à trouver.

Un travail est mené avec des avocats, préalable à la création (février 2017) du Fonds de dotation de l’UA, structure de soutien à des projets d’intérêt général en cohérence avec les valeurs et la charte, qui permet de recevoir des dons défiscalisés.

L’UA se positionne désormais comme une organisation qui vise à soutenir des projets conformes à sa charte, soit qu’elle a initiés, soit initiés par d’autres. Les activités agricoles sont bien engagées. La recherche de porteurs de projets est nécessaire à la poursuite des autres projets.

La suite demandera encore une solide détermination et de la persévérance. C’est vrai pour un projet d’entreprise, ça l’est encore plus pour un projet de transformation sociale (et donc aussi individuelle). Nous savons tous que ce sont les « facteurs humains » qui font échouer les projets les plus beaux. Il nous faudra renouer des liens et en développer d’autres.

Notre organisation et fonctionnement interne seront à adapter au fur et à mesure de la montée en activité du fonds de dotation et de la poursuite des projets. Nous y sommes aidés par un accompagnement qui a été mis en place début 2017 pour faciliter les relations à la fois entre le Comité de pilotage et les agriculteurs, et au sein du Comité de pilotage de l’association.

Dès que des réalisations se mettent en place, il y a création d’une énergie collective qui tire le fil du bonheur…

Rodolphe Balz